Requiem de guerre

 

Franck Venaille


Le Mercure de France 

 

 ISBN : 978-2-7152-4504-4 / parutions : Avril  2017  / 11 €  / 114p    

                                          

Note parue dans la revue Diérèse                

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Franck Venaille vient de recevoir le prix Goncourt de la poésie 2017 pour l’ensemble de son œuvre.

 

Au soir de sa vie, l’auteur de Papier d’identité paru en 1966 chez Pierre-Jean Oswald, poursuit ostensiblement sa voie en poursuivant une autobiographie de l’intime. Marquée par l’enfance et la guerre d’Algérie son œuvre ne cesse d’en transcrire les blessures. Pour l’homme en guerre (1) qu’il est, ce Requiem de guerre est une veillée d’armes.

 

« Me voici:/ vieux – vieux – vieux & usé / dans l’absolue nécessité de mettre mes souvenirs en place »

 

Avec les citations qui ouvrent le livre, « Il t’a dit çà : « Je vais mourant. » (2), le lecteur pénètre l’univers de l’auteur. La mort y rôde aux confins de frontières intimes. Pour Venaille, « J’ai décidé de mourir avant de naître » l’homme est un mort en sursis. Mais c’est dans une forme de déni, qu’il semble séparer le corps et la pensée en évoquant la sienne de manière singulière :

 

« Je vais raconter ça. La mort de fin de vie. La mort au fur et à mesure. Mais cela ne suffit pas. Il faut dire ce qui se passe à l’extérieur. En même temps. Une mort ! Mais c’est lui (l’autre) qui mourra. Moi je ne mourrai jamais… » La mort serait-elle ainsi plus acceptable ?

 

Après une introduction qui aborde la fin de vie,

 

« Pour moi la réalité c’est une jambe après l’autre. Violemment. Halte. Respirer. Repartir pour deux mètres. Laissez-moi. Souffler. Avec violence, c’est cela : violemment. »

 

le livre en dix parties aborde les thèmes chers à l’auteur. Le couple cheval /cavalier, la poésie, la médecine, le communisme ou l’ironie sans laquelle probablement le poète n’aurait pu vivre comme le souligne le titre du dernier ensemble : ce que fut ma devise / dans mes guerres singulières : / de l’ironie face au malheur ! . Les références aux figures qui l’accompagnèrent au cours de sa vie sont ici nombreuses : le Père, Villon, Baudelaire, Apollinaire, Brecht, E.E. Cummings,  Enrico Berlinguer ou encore Freud(e)...

 

L’ensemble  « la garde de nuit et autres poèmes de ce temps-là »  retrace un moment douloureux en compagnie d’une garde malade. La réalité et le songe s’y côtoient et s’imbriquent. D’un pas posé sur le réel et d’un autre dans le rêve le poète nous conduit au cœur de son univers.

 

« ainsi le rêve nous introduit dans un espace où le temps est banni » En quelques vers, il souligne la relativité des mots dans leur rapport aux êtres et à leur réalité. 

 

« Elle dit que l’Éternel est amour, voici ce qu’elle me dit. / Aujourd’hui je compose ce poème né de mon immense terreur. / Je me souviens des mots qu’elle prononce avec sa musicalité personnelle. Des mots quoi ! »

 

La nuit et le rêve, avec sa puissance évocatrice et sa force d’évasion, sont étroitement mêlés à l’écriture. Et l’obscurité des nuits devient alors un lieu de solitude où le poète livre ses batailles ou s’évade de son lit de malade.

 

Parfois, avec une forme de lyrisme le poète interpelle le lecteur  « Oye ! Oye ! Oye ! »  pour notamment y affirmer son amour et sa passion de vivant.

 

« La vie est. La vie quoi. La vie obstinément ! »

 

Avec ce vers «  je n’ai jamais cessé de vous parler de mon amour de la vie » l’auteur révèle l’énergie qui anima toute son œuvre.

 

Franck Venaille écrit dans l’ombre de soubresauts qui persistent d’une guerre d’Algérie qu’il n’a jamais finie. Célébrant les splendeurs de la vie il crie « Halte au feu ! ». Il en appelle au langage pour tenter de régler l’addition d’une note qui ne lui échoit pas. Puis s’adressant à tous les Hommes «  Ö Gens ! » le poète souligne l’insoutenable liste des disparitions qui s’allonge chaque jour.

 

Loin d’une poésie qui éviterait des territoires déchirés aux confins de l’angoisse et de la souffrance, Venaille se débat avec empathie et humanité dans l’aventure de vivre.

 

«  J’ai vu des hommes pleurer…/ mais qui me dira où se terrent les blessés à l’âme pour y mourir ? »

 

Déplorant que « le bilan de l’incendie est lourd », il débat de ses obsessions dans un face à face avec l’autre lui-même.

 

«  Eh ! L’ami ! C’est bien à toi que je m‘adresse. »

 

Et c’est avec cette question ultime qu’il s’interroge de nouveau :

 

« Cette douleur née de l’intérieur du corps des hommes comment la nommer ? »

 

Présence du corps, souffrances et souvenirs, territoires d’enfance,… le poète livre bataille et l’homme avec lui en est tout ébahi. Le langage déploie toutes les énergies pour habiter les sèmes du vivant. Ces tessitures innervées du corps liées à la parole de l’être. Qu’est-ce que vivre ? Pourquoi mourir ? Écrire pour quoi ? sont des questions essentielles. Pas de forme d’écriture privilégiée mais des proses et des poèmes qui alternent. Ils s’agrègent selon, à ce qui préside aux nécessités de l’être criant son indignation et sa présence au monde. Et quelque soit le visage du Poète, il marche seul au milieu de ses congénères. Puis Franck Venaille de conclure par ces vers :

 

« nous sommes comme les autres hommes./Rien que des humains »

 

(1)     L'Homme en guerre. Livre d’entretien et de textes paru aux éditions Paroles d'aube.

 

(2)     Emmanuel Moses

 

 

 

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Avec Véronique Arnault lors de la lecture de Métamorphose du chemin à la galerie Bansard. 15/11/2014
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Lecture Galerie Bansard le 15/11/2014
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27 mars 2011 - Chateau de Coubertin
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Lecture dans la réserve - 2 oct 2011 -Lydia Padellec & Hervé Martin
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