Qui vient de loin

 

Marie-Claire Bancquart

 

Le Castor Astral

 

 ISBN : 9 791 027 800 735   

 

Avril  2016    

              

Pages :120   

 

 

 

- Note parue dans le N° 1174 de La Nouvelle Quinzaine littéraire.                                                                                      

 

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Marie-Claire Bancquart est poète, romancière, essayiste et critique littéraire. Professeur émérite à l’Université de Paris-IV – La Sorbonne, elle a reçu les Prix Max Jacob, Vigny, Supervielle et Kowalski. L’ensemble de son œuvre pourrait esquisser un autoportrait à la manière d’Arcimboldo tant elle est sensible et attentive aux plus petites choses de la vie qu’elle rassemble méticuleusement dans son œuvre. Elle fête ainsi la vie sans omettre la mort.

 

Avec ce livre, Marie-Claire Bancquart évoque un épisode de santé dont l’issue incertaine l’a conduite jusqu’aux rives ultimes. Dès les premières pages deux poèmes esquissent l’atmosphère du livre. L’un avec un transport d’urgence vers l’hôpital, le second montre une empathie avec un cheval en route pour l'abattoir. Ainsi débute Qui vient de loin. Et le lecteur entend : « qui (re)vient de loin » dans cette évocation de l’expérience tragique de celle qui a frôlé la mort.

 

J’apprenais que la mort n’était pas facile.

 

Face à cette tragédie de vive solitude, des sentiments contrastés éprouvent la poète dans la région la plus reculée de l’être.

 

Elle fait / dans notre cœur soleil et nuit // elle esquisse verticalement notre destin/…

 

Aux plus difficiles instants, elle songe au dénouement possible :

 

…/ sur la porte on lit un numéro, pas de nom./ Bientôt le nôtre / disparaîtra du monde même./

 

Le livre au fil des pages se décline comme la longue remontée des profondeurs de l’être. C’est vers une géographie intime que Marie-Claire Bancquart nous entraîne. Elle nous invite à retrouver avec elle ces petites choses qui rattachent à l’existence et qui offrent l’assurance d’être toujours en vie.

 

 Le corps convalescent resserre autour de lui / toutes ses preuves de la vie.

 

C’est ainsi que l’auteure retrouve progressivement dans de petites joies, l’énergie de la beauté qui secourt.

 

Vient pourtant / cette maugréeuse, lente résurrection…

 

Passé le vif de cet épisode Marie-Claire Bancquart revisite une maison où elle vécut enfant. Tout est semblable et changé à la fois. Les souvenirs et les sentiments en sont bouleversés. Et l’émotion, forte, demeure comme frustrée d’un manque irrémédiable. Le passage du temps sur les choses a terni les traces du souvenir.

 

ici la vie est toute seule, mon trouble ne sera pas pris en compte.

 

L’auteure qui inscrit le futur du corps dans le grand cycle de la vie et la chimie des  matières, imagine une résurrection possible. On se souvient de son livre Anamorphose.

 

Plus tard, une fois disparue, comme on dit, je serai peut-être morceau d'escalier, ou d’insecte.

 

Au fil des pages, la vulnérabilité de l’être est tangible. La mort rôde dans les poèmes, entre les vers. Elle semble pouvoir surgir sans crier gare ! Dans les mots d’abord, meurtris et d’où peut couler soudainement le sang ; dans les livres ensuite, qui parlent un langage autre que celui des lettres imprimées et disent  notre disparition future / à nous tous / imprévisible / certaine. Le lecteur glisse ainsi dans un univers singulier habité de mots, de livres, d’ustensiles,  piluliers, éplucheurs, et de  passantes aussi.  Les choses et leurs noms se mélangent. Tous ont un lien avec la finitude. La poète s’interroge alors de la vraie nature du vivant :

 

la pierre exsude un peu d’humidité, comme une larme.

 

Ou encore,

 

Est-ce que nous pouvons / réjouir ou peiner la pierre ?// Avec notre attention si partielle / pour les vivants / qui sommes-nous devant l’apparemment inerte ?

 

Cependant, à mesure que l’on avance dans le livre la tension à l’égard de la mort se fait moins vive.  L’écriture fait son œuvre et la met à distance. Le monde s’ouvre sur la vie et à  la grande ville, chère à Marie-Claire Bancquart. Puis à Toi le compagnon, à l’arbre ensuite, force de vie pour la poète. Et quand sa chatte isabelle et une pluie douce surgissent dans le poème, c’est un véritable retour à la vie.

 

C’est le bonheur passager, riche et fragile.

 

Mais est-ce qu’on est près des choses, près des bêtes ? S’interroge Marie-Claire Bancquart.

 

Après l’expérience difficile de sa revisitation du monde et comme en pèlerinage vers ses souvenirs premiers  Marie-Claire Bancquart débusque la vie. Elle en  traque les signes dans les moindres recoins de l’existence.  La lumière du soleil…un moment de liberté… et soudain tout paraît changé. Comme l’envers d’un obscur qui se rappelle enfin à elle.

 

La lecture entraîne dans une pérégrination intime sur les chemins escarpés ou ensoleillés de la vie. Dans un dialogue avec les choses la poète prend la mesure de chaque moment. Elle interroge ces minuscules plaisirs dans leurs fugacités, prônant la valeur du tangible contre des rêveries d’éternité.

 

 La seconde au moins / nous y croyons/ nous la tenons / entre nos deux mains / chaque soir.

 

Le mot loin dont il est question dans le titre étend son territoire jusqu’aux rives du Styx. En raison d’un épisode de santé aux conséquences imprévisibles ce livre fut écrit pour exorciser cette épreuve. Ses poèmes sont des fruits recueillis dans des territoires intérieurs et extrêmes, aux confins de la maladie que Marie-Claire Bancquart a souvent côtoyée.

 

Pas d’évitement ici devant la mort qui souffle au visage le froid de son haleine. La poète et la femme ne trichent pas et n’usent pas de subterfuges dans ce face à face avec la finitude.

 

La mort en face ! Marie-Claire Bancquart la regarde sans fard mais elle n’omet pas de partager les espaces lumineux de son expérience, habités par l’espérance, les beautés simples et de la liberté de ses pas.

 

 

 

Hervé Martin

 


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Avec Véronique Arnault lors de la lecture de Métamorphose du chemin à la galerie Bansard. 15/11/2014
Avec Véronique Arnault lors de la lecture de Métamorphose du chemin à la galerie Bansard. 15/11/2014
Lecture Galerie Bansard le 15/11/2014
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27 mars 2011 - Chateau de Coubertin
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Lecture dans la réserve - 2 oct 2011 -Lydia Padellec & Hervé Martin
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